vendredi 28 septembre 2018

A propos de "La différence - Abidjan 2018"



On me demande :
- "Pourquoi en Côte d’Ivoire ? En Afrique de l’Ouest ? Là-bas, on aurait d’abord besoin d’infrastructures, d’argent, d’aide à l’alphabétisation… Pourquoi investir pour la poésie ?"

Généralement un petit sourire en coin accompagne la question...



En Côte d‘Ivoire comme dans le reste du monde, il y a eu, il y a et il y aura des amoureux de l’art pour l’art, des explorateurs de cultures, des passionnés de l’ailleurs et de l’universel, des gens qui rêvent, lisent et écrivent…

J’ai grandi dans une commune populaire abidjanaise. A Treichville.
J’ai aussi habité au vif quartier de Yopougon, au discret 220, au chic Plateau, au classieux Cocody... Mais Treichville a marqué ma vie parce que j’y ai passé une bonne partie de mon enfance et de mon adolescence.
Et c’était mon royaume.
Un royaume littéraire ! Pré-adolescente, les livres coûtaient chers, après les supplications aux parents, une furieuse lutte se tramait donc : échanges entre voisins, sur le marché des occasions (à l’époque le grand marché de Treichville et celui du Plateau). Lire partout… Les courriers des magazines de jeunes qui se prêtaient à l’usure et se dévoraient, les lettres de correspondants de pays étrangers qui mettaient une éternité par la poste, quand elles arrivaient... Les poèmes truffés de fautes des jeux d’invisibilité… Avoir l’argent du transport pour aller "visiter" la bibliothèque du « CCF » ou du « CCA » était l’aubaine ultime !

Je me souviens de mes négociations coriaces avec les marchands d’ouvrages d’occasion qui ne savaient pas lire mais de mémoire, vous renseignaient très exactement sur le livre… Echanger, vendre, acheter, prêter… J’avais 13 ans.

Rêver… Devant les rares spectacles d’école, devant de sublimes navets au cinéma du quartier (le Plaza) avant qu’il ne se transforme en salle de diffusion de films pornographiques puis en autre chose…

Inventer… Des histoires pour les sketchs des fêtes de quartier pour faire comme à « Wozo »… Ecrire… Pour expulser la rage, la frustration, puis pour mieux savourer la douceur, la beauté avec les amies... Ou la peine quand sa petite voisine cesse l’échange des livres parce qu’elle n’a pas eu de recours, on vient de la marier…

C’est à Treichville que j’ai découvert Gérard de Nerval, Balzac, Adiaffi, Amadou Koné, Tanella Boni, Ousmane, de LaFayette, Mark Twain, Cook… Que j’ai squatté discrètement les « débats d'idées des grands »…
J’ai composé mon premier poème... Dans la poussière, le bruit, au son du nouchi, de la fête mal sonorisée de la cour commune d'à côté, du break dance et du zouglou. Entre deux parties inespérées de Pac Man. Je n'étais pas la seule.


Aujourd’hui, les « fan fictions » ou les textes de jeunes Youtubeurs, y compris de Côte d'Ivoire, sur tous les sujets sur internet sont les nouveaux jeux d’écriture et d’écoute dans le monde entier… Et à Treichville, une médiathèque plus un centre de documentation (l’inscription y est gratuite) au Palais de la Culture accueillent désormais tous les âges... Un royaume vous disais-je !

Oui, les amoureux de l’art pour l’art, les explorateurs, les passionnés de l’ailleurs et de l’universel, les gens qui ont besoin de rêver, d’écrire, existent partout. Depuis toujours.

« La Différence – Abidjan 2018 ».
Christina Goh

mercredi 26 septembre 2018

Tangible


De cœur à cœur quand je te frôle
De tes lèvres aux miennes, aucun rôle
A jouer. Juste les souffles qui se mêlent
Et l'intime, la profonde émotion, de celles
Qui enracinent à jamais un univers invisible
Vide pour ceux qui veulent ignorer l'indicible.

De corps à corps quand je me donne, me noie
Dans ces perles d'eau, des petits bouts de toi
Ce sont nos larmes qui pleuvent et peignent
Le tableau d'un monde où ceux qui feignent
D'être sont. Mais l'ignorent et souffrent sans
Savoir. La pluie unit dans le fluide aimant.

C'est un mystère. Celui de toi, moi et nous.
L'affection, le rire cristal scintillant et doux
Illumine en intermittence l'espérance, laisse
La douceur des pénombres, et parfois cesse
L'illusion de la lumière. Je te vois de l'intérieur.
Il n'y a jamais eu de leurre.


Christina Goh

mercredi 27 juin 2018

Au Présent


Ton regard manque sans qu'on le sache
Opale irisée précieuse à tes yeux
Idoine, unique, c'est le moment...

Tes instants éclos en éclats du temps
Oracle oisive, intense, troublée suis-je
Inlassable, composite... C'est bien toi...

Ton éphémère est le baiser qui me ranime
Ovide n'avait pas tout dit...
Infaillible Présent, je te rends ton étreinte.

Toit invisible de l'union des âges,
Toi seul connaît le chant des silences...
Toi... Et moi... Je t'entends !


Christina Goh

mercredi 16 mai 2018

Jamais seul ?


Ainsi parle "la Solitude"...

"Tu t'es souvent battu contre moi
Plutôt contre l'idée que tu te fais
D'un dramatique "nous"...

Incohérence...

Aimer ou lutter contre "la solitude" ?

Ne dis tu pas : "je me sens seul" ?
Qui poursuis tu quand tu me cherches ?
Contre qui te bats-tu ?

Combattre ou vouloir ce que tu appelles
"Solitude" est juste une fuite
Celle que tu symbolises
Quand tu choisis l'ignorance

Ne pas savoir... Ne plus savoir...
Tu es somme d'histoires, de gènes
De fréquences et d'atomes, de connexions...
Vois-tu, quoique tu fasses, tu es connecté
Et par tous ces éléments qui te composent
Qui interagissent avec nombre de...

Multiple, voilà ce que tu es !
Inconscient !

Et créatif...

Pour combler ton sentiment entretenu d'abandon
Nous te donnerons donc nos noms, les véritables !
Car "la Solitude" est plurielle :

Intermède et Interlude.


Christina Goh

lundi 7 mai 2018

Hypathie d'Alexandrie en témoigne


Un temps révolu où la violence fut perçue comme bravoure
Où l'insulte et le mensonge marquèrent l'engagement
Où enflammer l'écrit fut l'excuse pour la braise

Hypathie d'Alexandrie en témoigne

Ce moment où dénuder l'instance devint jouissance
Où les ouï-dire devinrent acte d'exécution
Où la horde d'ignorance s'improvisa tyran du feu

Hypathie d'Alexandrie en témoigne

Quand l'intelligence est perçue comme une duperie
Quand le bon sens est pris pour une provocation
Quand la fourbe complainte est le salut du jour...

Que reste-t-il à l'Ethique ?

"Je ne manque de rien et cette ère m'appartient
L'ombre d'Hypathie est devenu lumière

En tout magistère
En toute instruction
De l'aube interne pointe le jour
C'est le règne du précieux Maintien.
"

Hypathie d'Alexandrie en témoigne.


Christina Goh

jeudi 19 avril 2018

Sans garantie


On m'avait prévenu
C'est sans garantie
Tu vas juste aimer
C'est tout

Je m'y suis risquée
L'affection à perte
Sans garantie
De rien

Sur la brèche
Ni chimère
Ni détresse
Du tout

Sur le fil
Epouvantée
Tremble encore
Pour rien

On m'avait prévenu
Sans garantie
Merci... Aimer
Vaut tout.


Christina Goh

vendredi 13 avril 2018

Conception


Intuition parle à Impulsion :
"Ta jeunesse de cœur les effraie
Ici, vois tu on a peur de son éternité
Elle impliquerait une intégrité
Celle de soigner les plaies...
Savoir qu'on partirait un jour
Permet au plus grand nombre
D'insensiblement rester sourd
De reporter les heures sombres..."

Impulsion répond à Intuition :
"De nuit ou en pleine lumière
Je t'embrasse à perdre haleine
Qu'importe les guerres de nerfs
Je sais où ta beauté nous mène
J'ai pris ta main depuis longtemps
Je la sens moite, tu as peur
Pourquoi Amie, tu le sais, le sens
Tu as triomphé des charrieurs..."

Ensemble :
"Inspirations mêlées
Front contre front
Souffles apaisés
La chair comme un pont
Où se rejoint un être formé
De nos douceurs...
Son nom ?
Intelligence."


Christina Goh

mercredi 21 mars 2018

Et d'espérer


Ils sont nombreux à rester tranquilles
A se tenir loin des tumultes
Ils ont encore la force de rêver
Et d'espérer

Ils sont bien plus qu'on ne croit
A réconforter pour la gaieté
Ils ressentent encore la brise
Et voient à travers l'arc en ciel

A coup de joies et de pudeurs
Ils respectent encore l'enfance
Ils oublient de haïr...
L'aigreur leur est insoutenable.

Ici, on leur a donné un sobriquet :
"Naïfs"...
C'est le titre honorifique
Des sauveurs de ce monde.


Christina Goh

mercredi 14 février 2018

Douceur...


Sans heurt ni bruit
Pourtant infatigable
Douceur... Comme
La rosée sur l'herbe
Le flocon qui danse
Le pas furtif du félin

La douceur... Comme
Une gracieuse éminence...

Ainsi se dépose le baiser
De l'affection tendre, sincère
Le tiède souffle qui vivifie
La légère pression de la main
Le profond  "je comprends"
Le regard transparent... Sourire

Larme ou silence qui respire
Puissance de l'amie Douceur
Comme le lever du soleil d'or
De la lumière qui gagne le courage
Comme la pleine lune pur ivoire
Commande des souveraines marées

Douceur est une caresse
Qui apaise le cœur torturé...


Christina Goh

lundi 22 janvier 2018

L'art du mouvement


"Rien ne change"
Illusion
Nostalgie
Trompe-l'oeil
Pour se croire en sécurité...

"Rien ne change"
Ou trébucher
Sur des cailloux aiguisés
Au bord d'une paroi abrupte
D'une fosse sans fond

Comme les vents chantent
Comme les marées dansent
Comme nous respirons, inspirons
Comme la terre et les cieux se meuvent
Rien ne stagne

"Je t'aime comme au premier jour !"
Rien ne peut être plus faux
Car on aime mieux ou plus mal
Chaque décision est un dynamisme
C'est tout l'art du mouvement...

Un équilibre contrebalance un trouble...
C'est l'évolution.
Une impulsion ou une course poursuite ?
Que nenni...
Un ballet improvisé... La vie est une enjambée

Et le chorégraphe s'appelle Intimité.


Christina Goh

jeudi 11 janvier 2018

Vert et bleu ?


"Hommage au végétal
Et aux atmosphères
Qui nous transcendent
Nous enveloppent
Nous caressent !"

Règne d'un vert sur terre
Bleu de la mer au ciel
Champs chromatiques
Où faire pousser toute semence
De bonne foi ?

Histoire de perceptions
Car tous voient différemment
Pour certains le vert en rouge sang
Pour d'autres les nuances en gris argent
En absolu noir ou blanc pour le deuil...

Histoire de couleurs...
Et surtout ce qu'on veut en faire
Intentions manifestes ? Et fonction
Des caractères, y-a-t-il oubli
Du dernier souffle en transparence ?

Perceptions et états des êtres...
Car transparents... Tous le sont
Du végétal aux atmosphères...


Christina Goh